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Violences sexistes et homophobes: une réalité persistante dans la formation professionnelle initiale suisse

10/03/2026

NAIS | Unsplash

Insultes, moqueries, agressions, rumeurs ou mensonges: la violence fondée sur le sexe et l’orientation sexuelle continue de marquer le quotidien d’une partie des apprenti·es en Suisse. C’est le constat préoccupant d’une étude menée par des scientifiques de l’Université de Lausanne, de l’Université de Genève, du canton de Genève et de la Haute Ecole Pédagogique Vaud.

Pour mesurer l’ampleur du problème, les chercheur·euses ont interrogé 1261 étudiant·es hétérosexuel·les et LGBTQI+ en formation professionnelle initiale en Suisse, en récoltant leurs données sur trois ans. Leur étude distingue quatre formes de violence: physique (blessures, coups ou agressions), verbale (insultes, moqueries), psychologique (propagation de mensonges ou de rumeurs négatives), et enfin numérique (rumeurs ou propos blessants diffusés via les réseaux sociaux ou d’autres moyens électroniques).

Les principaux résultats de l’enquête montrent que les étudiantes hétérosexuelles et les étudiant·es LGBTQI+ sont significativement plus susceptibles de subir toutes les formes de violence que leurs homologues masculins et hétérosexuels, la violence physique et verbale étant les plus répandues. «En moyenne, le risque de subir des violences est près de deux fois plus élevé pour les étudiantes que pour les étudiants. Par ailleurs, la probabilité de subir des violences est cinq fois plus élevée pour les étudiant·es non hétérosexuel·les que pour les étudiant·es hétérosexuel·les», indique Lavinia Gianettoni, chercheuse à l’Institut des sciences sociales de l’Unil et l’une des autrices de l’étude. «Ces prévalences importantes suggèrent que les incidents de violences ne sont pas des actes isolés, mais s’inscrivent dans un climat normatif qui légitime l’hostilité envers les femmes et les personnes non hétérosexuelles», ajoute la chercheuse.

De fortes disparités selon les domaines d’études

L’étude met également en évidence d’importants écarts dans les violences subies selon le domaine de formation. Dans les filières à prédominance masculine (ex: les branches techniques), les étudiantes sont particulièrement exposées. Elles y signalent des niveaux nettement plus élevés de violences physiques, verbales et psychologiques que leurs homologues masculins. Dans les filières mixtes, les étudiantes se disent plus souvent victimes de violences verbales que les étudiants, mais les différences sont moins systématiques pour les autres formes de violence. Dans les filières à prédominance féminine (ex: le soin et la santé), les écarts entre femmes et hommes sont globalement moins marqués. Les résultats sont encore plus frappants concernant l’orientation sexuelle: les étudiant·es non hétérosexuel·les rapportent des taux nettement plus élevés de violence fondée sur l’orientation sexuelle que leur pair·es hétérosexuel·les, toutes formes de violences confondues, et dans toutes les filières.

Des violences aussi à l’école et en entreprise

Une part importante des violences fondées sur le sexe survient en dehors des environnements de formation des étudiant·es. Toutefois, une proportion non négligeable de ces violences se produit dans des lieux de formation: environ 20% des violences physiques signalées par les apprenti·es ont eu lieu à l'école et près de 25% au sein de l’entreprise de formation. La violence verbale suit une tendance similaire, avec environ 25% des incidents signalés à l'école et 30% en entreprise. En revanche, les violences fondées sur l’orientation sexuelle se répartissent de manière plus uniforme entre les différents contextes.

Les pair·es et collègues sont les principaux auteur·es des violences: elles·ils seraient impliqué·es dans environ 30% des cas de violence physique et verbale et dans 35% des cas de violence psychologique. Les enseignant·es ou supérieur·es hiérarchiques représentent une part moindre, mais non négligeable (15% des violences physiques et 10% des violences verbales).

Un besoin urgent d’action

Face à ces constats, les auteur·es soulignent l’urgence de mettre en place des interventions ciblées visant à réduire les causes structurelles des comportements violents envers les étudiantes et étudiant·es LGBTQI+ en formation. Première priorité: garantir un environnement où les victimes se sentent en confiance pour signaler les faits et bénéficient d’un accompagnement adéquat. Deuxième axe: l’ensemble des membres du système éducatif doivent s'engager à adopter une attitude de tolérance zéro envers toute forme de violence. Enfin, la prévention doit être renforcée par des campagnes d’information à large échelle et percutantes. Les scientifiques insistent sur la nécessité de rappeler que des comportements souvent banalisés, comme les blagues sexistes ou homophobes, constituent déjà des formes de violence. Les programmes éducatifs devraient également mettre en lumière les conséquences psychologiques et scolaires de ces violences, tout en s’attaquant aux idéologies sexistes, homophobes et aux conceptions rigides de la masculinité qui les alimentent.

Communication SSP

 

Jérôme Blondé, Lavinia Gianettoni, Edith Guilley, Dinah Gross et Taïs Foretay, Prevalence of Sex-Based and Sexual Orientation-Based ViolenceExperiences in Vocational Education and Training, Journal od Interpersonal Violence, 2025, DOI : 10.1177/0886260525