La COVID frappe, le téléphone pleure

Deux économistes de l’UNIL, engagés dans la taskforce COVID-19 du Conseil fédéral, ont étudié les appels téléphoniques de détresse sur les lignes dédiées dans 19 pays, avant et après l’éruption de la pandémie. Leur étude est publiée par la revue Nature.

Marius Brülhart, qui a dirigé le groupe d’économistes au sein de la taskforce COVID-19, et son collègue Rafael Lalive, également ancien membre de cette commission, ont étudié les appels téléphoniques de détresse issus de 23 lignes dédiées dans 19 pays dont la France, l’Italie, l’Allemagne, la Chine, le Liban, les États-Unis ainsi que bien sûr la Suisse. Soit un total de 8 millions d’appels dont ces lignes de soutien conservent la teneur générale sous l’anonymat de rigueur…

Leurs meilleures données émanent des États-Unis, où les auteurs ont pu suivre de manière très précise l’évolution de la pandémie et la montée concomitante des appels liés à des intentions suicidaires, avec des différences significatives entre les États différemment touchés, et l’effet des politiques publiques de soutien, elles aussi inégales d’une région à l’autre.

Hausse moyenne de 35%

« Partout, après les premiers cas de COVID détectés dans ces pays, on peut constater une hausse significative du volume d’appels. Ces appels supplémentaires, cependant, sont principalement motivés par des préoccupations liées à la pandémie elle-même – comme la peur d’une infection ou la solitude – plutôt qu’à des problèmes plus graves tels que la violence domestique ou la tentation du suicide, qui n’augmentent que peu même durant le confinement », affirme Rafael Lalive. Ils ont ainsi obtenu pour les 5 à 6 semaines après les premiers cas détectés une augmentation moyenne de 35% d’appels.  En Suisse, la hausse du volume des appels durant la première vague pandémique ne dépassait guère le rythme de croissance observé dans les années précédentes. Dans une étude pilote, Brülhart et Lalive avaient montré déjà au printemps 2020 que la légère augmentation des appels à La Main Tendue s’expliquait principalement par des appels de personnes inquiètes des risques de santé présentés par le nouveau virus, plutôt qu’à des appels liés à des préoccupations dues à la violence, au suicide ou à l’abus de substances.

Effet positif des aides gouvernementales

Autre résultat intéressant : l’étude menée par les deux professeurs de la Faculté des HEC, avec l’aide de deux chercheurs de l’Université de Freiburg (Allemagne) – Valentin Klotzbücher et Stephanie Reich – révèle que plus les mesures publiques de soutien économique en faveur des entreprises et des travailleurs étaient fortes et moins il y avait d’appels de type suicidaire, aux Etats-Unis comme en Europe.

« Nous observons que les mesures sanitaires de type confinement en tant que telles ont tendance à peser sur la santé mentale, mais que le soutien financier peut largement compenser cet effet. Les aides étatiques ont donc un double dividende : économique et psychologique », résume Marius Brülhart.

Texte rédigé par Nadine Richon, UNICOM (Université de Lausanne)

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