Nicolas Sommet, chercheur en psychologie sociale et responsable de recherche au Centre LIVES à l'Université de Lausanne. KA / Centre LIVES
Nicolas Sommet, chercheur en psychologie sociale et responsable de recherche au Centre LIVES à l'Université de Lausanne, décroche un des prestigieux Consolidator Grants 2025 octroyé par le European Research Council pour son projet: «The Vicious Cycle of Inequality: How Economic Inequality Perpetuates Itself by Creating a Culture of Competitiveness in Schools» (PERPETUATE). Il s’agit déjà du 3e ERC obtenu par un membre du Centre LIVES, après Michael Grätz (son ERC) et Stephanie Steinmetz (son ERC).
Spécialiste de la psychologie des inégalités, Nicolas Sommet a bâti sa carrière sur l’étude des conséquences comportementales et mentales de la stratification économique. Avant l’obtention de cet ERC en décembre 2025, il a mené des travaux d’envergure à l’Université de Lausanne grâce à des financements prestigieux comme les bourses Ambizione (2020-2024) et Spark du Fonds national suisse. Portrait.
Toutes nos félicitations pour l’obtention de ce financement prestigieux! Le projet PERPETUATE est l’aboutissement de vos recherches sur la manière dont l’inégalité économique s’auto-entretient en instaurant une culture de compétition au sein des établissements scolaires. Pouvez-vous nous le décrire dans ses grandes lignes?
Merci! En deux mots, le projet vise à comprendre comment les inégalités de revenus dans la société alimentent une culture de la compétition à l’école, et comment cette culture peut ensuite contribuer à la reproduction des inégalités d’une génération à l’autre.
Les travaux que j’ai menés ces dernières années avec mes collègues montrent que lorsque les inégalités de revenus augmentent dans une société, les individus tendent à accorder davantage d’importance au statut et à la réussite. Le projet PERPETUATE examine comment cette dynamique peut se manifester dès le plus jeune âge.
L’hypothèse centrale est que la hausse des inégalités conduit parents et enseignant·es à mettre davantage de pression sur les élèves pour réussir, ce qui favorise l’émergence d’une culture de la compétition à l’école. Or, la recherche en psychologie suggère que les élèves issus de milieux favorisés s’adaptent, en moyenne, mieux aux environnements fortement compétitifs que les élèves issus de milieux moins favorisés. Une culture scolaire plus compétitive pourrait ainsi creuser les écarts de réussite et, à terme, contribuer à la reproduction des inégalités sociales au fil des générations.
Pour tester cette proposition, le projet combine plusieurs approches complémentaires, notamment l’analyse de données longitudinales, des expériences et une intervention en milieu scolaire. Il s’appuie sur des collaborations avec des partenaires dans cinq pays européens et, en Suisse, avec nos collègues de l’Observatoire de l’éducation et de la formation (OBSEF).
Vous avez développé vos recherches, notamment sur les conséquences psychologiques de l’inégalité économique, à l’Université de Lausanne. Qu’est-ce que cela vous apporte de les mener au sein de la Faculté et du Centre LIVES?
J’ai particulièrement bénéficié de l’environnement interdisciplinaire du Centre LIVES. Le contact étroit avec des sociologues, démographes et économistes m’a permis d’élargir mes perspectives théoriques et de découvrir des outils analytiques encore peu utilisés en psychologie, notamment pour exploiter au mieux des données longitudinales. Au-delà de l’institution, je me sens aussi très redevable aux personnes qui la font vivre, et tout particulièrement à Daniel Oesch, co-directeur du Centre LIVES, qui m’a accordé sa confiance à un moment où, faute de perspectives, j’étais sur le point de quitter le monde académique.
Vous avez déjà obtenu plusieurs financements prestigieux, ce qui implique un travail conséquent de préparation et de soumission de projets. Quelles difficultés avez-vous rencontré dans votre activité de recherche?
Dans le monde académique, on partage plus souvent ses réussites que ses échecs, alors que ces derniers sont souvent plus nombreux. J’ai eu la chance d’obtenir plusieurs financements compétitifs, mais j’ai aussi essuyé de nombreux refus. Par exemple, ma candidature à Ambizione a été rejetée une première fois avant que j’obtienne le subside, et j’ai essuyé deux refus à l’ERC Starting Grant avant d’obtenir cet ERC Consolidator. La recherche de ce type de financements, dont dépend souvent la suite d’une carrière, peut peser sur le moral. Il faut donc apprendre à être résilient, car même un bon projet ne garantit jamais le succès.
Qu’espérez-vous pour la suite de votre carrière?
J’espère désormais accéder à un poste de professeur, afin de poursuivre mes recherches dans les meilleures conditions. J’ai eu la chance, tout au long de mon parcours, de bénéficier de mentors qui m’ont beaucoup apporté. J’aimerais à mon tour transmettre ce que j’ai reçu et accompagner une nouvelle génération d’étudiantes et d’étudiants.
Communication SSP & Nicolas Sommet
